Gaston Cloutier (1921-2000) est une figure marquante de L’Anse-à-Beaufils. Son fils et son petit-fils en tracent le portrait.

Rémi Cloutier
Fils de Gaston Cloutier et résident de L’Anse-à-Beaufils

Gabriel Cloutier
Petit-fils de Gaston Cloutier et résident de Cap-d’Espoir

Gaston Cloutier est originaire de L’Anse-à-Beaufils. Fils de Joseph Cloutier et de Marie-Jeanne Sweeney. Il a trois frères, Jean-Lucien, Alban et Donat. Sa mère va décéder en accouchant du cinquième enfant, qui décède, lui aussi, alors que Gaston avait 5 ans. Sa grand-mère, Marguerite Dupuis, et son père, Joseph qui travaille pour la compagnie Robin, vont prendre charge des quatre enfants. C’est une famille très modeste et conservatrice. Lorsque Gaston et ses frères se rendaient rencontrer le curé pour apprendre le petit catéchisme (pour la confirmation et la profession de foi), ils devaient faire le chemin nu pieds jusqu’à Percé. Ce n’est qu’une fois arrivés, qu’ils pouvaient mettre leurs chaussures.

En 1939, la Deuxième Guerre mondiale éclate, Gaston commence alors à pêcher pour la compagnie Robin. Dans ce temps-là, si tu étais pêcheur, tu étais dispensé d’aller à la guerre parce que la morue salée et séchée était une denrée de première nécessité pour nourrir l’armée. Comme il était pêcheur, il avait l’occasion d’aller travailler pour les compagnies forestières en Ontario durant l’hiver jusqu’à ce que la saison de pêche recommence au printemps. À cette époque, il y avait beaucoup de poux dans les chantiers, donc à tous les dimanches, lui et les autres bûcherons devaient faire bouillir leurs vêtements pour s’en débarrasser. En 1942, son salaire était de 2,15 $ par jour et il devait payer 67 cents pour sa pension.

Épicier-barbier
En 1947, il cesse de travailler comme pêcheur et bûcheron. Il emprunte alors de l’argent de ses frères et avec cet argent et ses épargnes, il achète d’Émilien Langlois une épicerie à L’Anse-à-Beaufils comprenant un salon de barbier et une table de billard. Par la suite, il engage Auguste Donahue comme barbier et sa tante Marie pour s’occuper du magasin. Pendant ce temps, Gaston va suivre un cours de barbier à Moncton, au Nouveau-Brunswick. Il obtient son diplôme en mars 1950 et il commence alors sa carrière d’épicier et de barbier. À cette époque, il en coûte 15 cents pour couper la barbe et 25 cents pour une coupe de cheveux. Pour attendre leur tour, les clients pouvaient jouer au billard à l’arrière du commerce au coût de 1 cent la minute. Comme Gaston ne pouvait pas voir quelqu’un dans la misère, il faisait beaucoup de crédit aux habitants qui avaient de grosses familles. Parmi ses clients célèbres, notons qu’il a coupé les cheveux du célèbre Jacques Mesrine, incarcéré, en 1969 à la prison de Percé sous l’inculpation du meurtre d’Évelyne LeBoutillier.

Les chevaux et la forêt
En mai 1961, il se marie à Léonie Bourget avec qui il aura trois enfants ; Rémi, Ghislain et Yannick. Après l’amour qu’il éprouvait pour sa famille, venait celui qu’il éprouvait pour les chevaux et la forêt. Gaston connaissait parfaitement les chevaux, il savait leurs manies et il les conduisait comme personne, tout en leur épargnant d’inutiles fatigues en période d’intensité forestière.

Le Marché du port
En 1964, la route 132 va contourner la route rurale numéro 6 à L’Anse-à-Beaufils où se trouvait l’épicerie/salon de barbier. En 1971, pour rejoindre un plus grand nombre de clients, il va faire construire une nouvelle épicerie/salon de barbier près de la route 132.

En 1972, le magasin Robin, Jones & Whitman, de L’Anse-à-Beaufils, est à vendre. Il en parle à son épouse, Léonie, et tous deux décident de l’acheter. Il lui donne alors le nom de « Marché du port », c’était un vrai magasin général qui vendait de tout. Lorsque cela arrivait qu’il n’ait pas la marchandise, ce n’était pas bien long, il connaissait un autre fournisseur de qui il pouvait l’avoir rapidement. Le magasin général était un lieu de rassemblement pour les habitants du village, où l’on pouvait avoir des nouvelles fraîches.

Une passion pour les vieilles choses
Dans l’ensemble tout fonctionnait bien, mais Gaston vieillissait. Les antiquaires, qui flairaient la bonne affaire, voulaient acheter les meubles en chêne qui se trouvaient à l’intérieur du magasin général. Des « pickers », pouvaient passer la journée dans le magasin dans l’espoir que Gaston leur vende quelques antiquités qui se trouvaient au grenier. Mais, têtu comme un roc, il voulait conserver son magasin intact. Qui sait pourquoi? Le 18 Juillet de l’an 2000, sans prévenir, il nous a fait faux bond. Lors de ses funérailles, tous les commerçants de Percé, les gens de la place et des environs étaient présents car tout le monde le connaissait et l’appréciait.

Il fut un sage, un être marquant doté d’un humour propre aux pêcheurs gaspésiens au sens le plus noble et un confident dont plusieurs appréciaient les conseils. Au fil de ses actions, de ses pensées et de ses expériences variées de vie, ce Beaufilois s’est forgé une riche personnalité teintée de confiance en lui-même et de compassion pour les plus démunis de sa communauté.

Photos (dans l’ordre) :

Gaston Cloutier à son 3e magasin général à L’Anse-À-Beaufils (marché du port), mars 2000.
Photo : Thierry Haroun

Première épicerie/salon de barbier achetée par Gaston Cloutier en 1947 à L’Anse-À-Beaufils, 1961. De gauche à droite : Léonie Bourget, Gaston Cloutier, Diane Cloutier, Virginie Bourget. Le conducteur du cheval est inconnu.
Magasin Général Historique Authentique

Gaston Cloutier avec son cheval, Prince, au 2e rang à L’Anse-À-Beaufils, mars 1992.
Photo : Rémi Cloutier

La rénovation et la mise en valeur du magasin, datant de 1928, est une belle réussite familiale initiée par Rémi Cloutier, fils de Gaston, celui à droite, 2002.
Photo : Martin Beaulieu